vendredi 6 juin 2014

Eric Le Nabour - Les anges de Jaïpur

  •  316 pages - moyen
  • Editeur : Presses de la Cité (31 mars 2011)
  • En 1925, le voyage de noces en Inde de Matthias d'Assenbourg, diplomate français, tourne au cauchemar lorsque son épouse, Amy Colton, disparaît. Une mère trop tôt décédée, un beau-père laissé pour mort dans un accident de train, un savant hindou qui en sait trop, des textes de propagande antisémite, un inspecteur de police britannique... L'étau se resserre autour de Matthias, accusé de meurtre, traqué par des fanatiques et devenu hors-la-loi. Pour retrouver celle qu'il aime, Matthias se lance dans une course folle contre la montre qui le conduira jusqu'à la mystérieuse ville rose de Jaipur, où des " anges " lui révéleront une vérité inattendue... Un roman d'aventures et de suspense dans l'Inde des mythes et des légendes, qui offre un éclairage passionnant sur les prémices du mysticisme nazi.
  •  lecture d'avril 2014
  • moyen - première fois que je lis cet auteur... plus roman d'aventure dans le genre Indiana Jones que polar, à la recherche d'un  svastika mystérieux ayant appartenu au premier Lama. Les deux héros ne sont pas les seuls sur la piste... en 1925 déjà, les dévuts du nazisme commence a se faire sentir, et un archéologue nazi est également sur la piste.
  • Un roman qui se laisse lire, plutôt agréable d'ailleurs, mais qui ne me laissera sans doute pas beaucoup de souvenirs. Bref, à lire par une journée de paresse durant ses vacances.
  •  biographie de Éric Le Nabour
  • livre en coursCharles X : le dernier roi (avec une préface d'Alain Decaux). éditions Jean-Claude Lattès, Paris, 1980. 405 p. 
  • Barras : le vicomte rouge. Jean-Claude Lattès, Paris, 1981. 335 p. 
  • Le Régent : libéral et libertin. Jean-Claude Lattès, Paris, 1984. 338 p. .
  • La Reynie : le policier de Louis XIV. Perrin, collection « Présence de l'histoire », Paris, 1990. 276 p.
  • Nicolas Simonnet, Le Mont-Saint-Michel et la baie. Hachette, collection « Guides bleus », Paris, 1991. 64 p.
  • Les Meilleures Aventurières. Criterion, collection « L'histoire en tête. Les meilleurs », Paris, 1991. 264 p. + 8 p. d'illustrations. 
  • La Veuve rouge. Fleuve noir, collection « Les drames de l'histoire » no 1, Paris, 1992. 187 p. 
  • Les Deux Restaurations. Tallandier, collection « Pour comprendre », Paris, 1992. 245 p. 
  • Alexandra David-Néel. Jean-Claude Lattès, collection « Ushuaia présente » no 4, Paris, 1992. 221 p. + 8 p. d'illustrations.
  • Bretagne : lieux sacrés et initiatiques. Dervy, collection « Chemins de l'harmonie », Paris, 1993. 127 p.
  • Itinéraires cathares : histoire, religion, lieux sacrés et initiatiques (avec des photographies de). Dervy, collection « Chemins de l'harmonie », Paris, 1994. 152 p. + 12 p. d'illustrations.
  • Un Indien dans la ville. TF1 éditions, collection « TF1 Novellisat », Boulogne-Billancourt, 1994. 214 p. 
  • Le Chasseur d'âmes : roman. Presses de la Renaissance, Paris, 1998. 270 p. 
  • Le Nagual. Ramsay, Paris, 1998. 326 p.
  • La Porteuse d'ombre : madame de Maintenon et le Roi-Soleil. Tallandier, collection « Raconter l'histoire », Paris, 1999. 329 p.
  • La Prophétie d'Ascalon. Presses de la Renaissance, Paris, 2003. 296 p. 
  • Letizia Bonaparte : la mère exemplaire de Napoléon Ier. Pygmalion, Paris, 2003. 247 p. 
  • Orages sur Calcutta : roman. Presses de la Cité, collection « Sud lointain », Paris, 2005. 410 p. 
  • Les Rois maudits : l'enquête historique (avec une préface de Colette Beaune). Perrin, Paris, 2005. 296 p. 
  • Les Démons de Shangai: roman. Presses de la Cité, collection « Sud Lointain », Paris, 2006. 
  • Kaamelott, Tome I : Au cœur du Moyen Âge, Perrin, Paris, 2007. 214 p.
  • Les Jardins d'Istanbul: roman. Presses de la Cité, collection « Sud Lointain », Paris, 07/2007. 
  • Kaamelott, Tome II : À la table du Roi Arthur, Perrin, Paris, 2007.
  • Le Christianisme, une aventure de 2000 ans, Éditions Trajectoires, Paris, 2008. 
  • Les ombres de Kervadec, Presses de la Cité, collection « Terres de France », J.Balland, Paris, Mars 2008.
  • Retour à Tinténiac, Paris, Calmann-Lévy, collection « Romans de France », juin 2010. 
  • La Dame de Kyoto, Paris, Calmann-Lévy, 2012. 
  • A l'ombre de nos larmes, Paris, Calmann-Levy, 2013.

 un peu d'histoire...
Le svastika ou swastika 卐, mot sanskrit dérivé de su (« bien») et de asti (« il est »), avec la variante orthographique sauvastika parfois attribuée à son symétrique sinistrogyre 卍, est un symbole que l'on retrouve en Eurasie, en Afrique, en Océanie, aux Amériques (Amérique précolombienne chez lesMayas et amérindiens Navajos et kunas) et en Extrême-Orient. Il apparaît à l'époque néolithique pour la première fois dans la préécriture de la culture de Vinča. On peut le décrire comme une croix composée de quatre potences prenant la forme d'un gamma grec en capitale (Γ), d'où le nom de croix gamméequi lui est parfois donné depuis son apparition dans l'art chrétien primitif et l'art romain d'Orient primitif.
Ce symbole est surtout utilisé en Asie dans la symbolique jaïne, hindoue et bouddhique, en Chine pour symboliser l'éternité et dans l'Asie bouddhiste. EnOccident, le svastika pointant vers la droite, et généralement incliné de 45 degrés, a été adopté comme emblème par les nazis et a par conséquent acquis après la Seconde Guerre mondiale une forte connotation négative. Certaines factions politiques minoritaires et extrémistes l'utilisent pour se rattacher directement à cette idéologie (voir Croix gammée nazie).
En Asie, et tout particulièrement en Inde, c'est toujours un symbole omniprésent. Il symbolise, parmi d'autres sens, le dieu Ganesh qui est fort populaire. D'autre part, il est le symbolepremier du jaïnisme, considéré par ses adeptes comme le plus favorable de tous les symboles. - wikipédia,

jeudi 5 juin 2014

revue de presse : conseils de lectures pour l’été, avant le rush de la rentrée littéraire.

L’académie Goncourt, qui fête les 100 ans de son prix cette année, a établi une liste de conseils de lectures pour l’été, avant le rush de la rentrée littéraire.
Avant de prendre ses quartiers d’été, l’académie Goncourt a sélectionné quinze ouvrages parmi les livres parus dans l’année qui sont autant de conseils de lecture à ne pas manquer.
 
Y figure notamment Notre Chanel de Jean Lebrun (Bleu Autour), couronné hier du Goncourt de la biographie.
 
Les académiciens reviendront place Gaillon, chez Drouant, le 4 septembre prochain pour établir la première sélection du Prix Goncourt.
 
Deux autres sélections suivront les 7 et 28 octobre avant le prix Goncourt, proclamé pour la centième fois le mercredi 5 novembre prochain.

livre en coursprochaine lecture : e-bookLes conseils de lecture :

Alain Absire, Mon sommeil sera paisible (Gallimard)
Nicolas Cavaillès, Vie de Monsieur Leguat (LeSonneur)
Eric Fottorino, Chevrotine (Gallimard)
Sylvie Giono, La Provence gourmande de Jean Giono(Belin)
Roger Grenier, Instantanés II (Gallimard)
Maylis de Kerangal, A ce stade de la nuit (Guérin)
Hala Kodmani, La Syrie promise (Actes Sud)
Gilles Lapouge, L’Ane et l’abeille (Albin Michel)
Jean Lebrun, Notre Chanel (Bleu Autour)
Bernard Maris, L’homme dans la guerre: Maurice Genevoix face à Ernst Jünger (Grasset)
Catherine Millet, Une enfance de rêve (Grasset)
Yves Ravey, La fille de mon meilleur ami (Minuit)
Philippe Routier, Noces de verre (Stock)
Emmanuel Ruben, La ligne des glaces (Rivages)
Fréderic Verger, Arden (Gallimard)


Entretien :

«Homme de grand large et de grands sentiments, il n’a pas les mots faciles, surtout quand il faut les coucher sur papier. Lui-même ne sait plus vraiment ce qui l’a poussé à tuer Laura. Ou il le sait trop bien. Mais l’écrire l’obligerait à revivre l’enfer traversé avec la jeune femme à la personnalité double et déconcertante. Quand Laura se présenta à sa cabane pour lui acheter quelques huîtres, l’amour s’imposa de lui-même, simple et tranquille. C’était compter sans l’autre Laura, un être toxique au regard mauve, un animal sauvage et cruel, qu’un soir Chapireau se résigna à abattre d’une décharge de chevrotine.»


Chevrotine, le titre claque comme un titre de polar, mais ce roman est tout autre chose…
En effet, il y a crime, mais pas de suspense. On sait tout de suite qu’un homme, Alcide Chapireau, a tué sa femme, Laura, et que l’enquête policière n’a rien donné. L’affaire est classée. La femme est tenue pour disparue. Mais, vingt ans plus tard, cet homme tente d’écrire une lettre à sa fille Automne. Il voudrait lui expliquer pourquoi il a tué sa mère, mais il n’y parvient pas.

Laura était un personnage plutôt complexe, Alcide un homme simple… Était-ce une rencontre impossible ?
C’était la rencontre de deux univers étrangers l’un à l’autre. Lui était un ancien marin-pêcheur, désormais établi comme boucholeur et ostréiculteur. Elle était une petite-bourgeoise nourrie de lectures. Elle maîtrisait le langage, le vocabulaire, les idées, coupait un peu les cheveux en quatre… Alors que cet homme rustique a toujours eu du mal à exprimer ses sentiments avec des mots.

Selon Freud, la femme peut être la génitrice, la compagne ou la destructrice. Laura était-elle tout cela à la fois ?
Oui, à sa manière. Alcide était veuf, avec deux garçons, il vivait la situation comme un échec, comme si sa vie était terminée. Avec Laura, il a eu le sentiment de renaître, de pouvoir se reconstruire. Elle a d’abord été pour lui une compagne aimante et ils ont eu cette petite fille, Automne. Puis Laura a mené contre Alcide une entreprise systématique et perverse de destruction. Le roman raconte comment un être peut en détruire un autre et comment cet autre, pour ne pas être détruit, le détruit à son tour.

Dans vos romans, vous vous intéressez souvent à des personnalités troublées. Êtes-vous fasciné par ce type de comportements ou, plus généralement, par l’énigme des parents ? 
Compte tenu de mes origines, j’ai le sentiment qu’en écrivant, je réécris mon état civil
en permanence, parce qu’il a été très obscur et fautif au départ. Il ne s’agit pas là d’un texte autobiographique comme j’ai pu en écrire, mais je reste fasciné par le type de relations que peuvent établir deux êtres qui s’aiment passionnément. C’est le cas d’Alcide et de Laura. Je ne porte ni diagnostic ni jugement sur Laura, je décris minutieusement ses actes pour tenter de comprendre comment elle rend la vie de chacun impossible. Si le coup de fusil est une libération pour Alcide, on a aussi l’impression que Laura l’attend, comme si cette mort était voulue, désirée. Ce n’est pas n’importe quelle mort, mais une mort provoquée par l’homme qu’elle aime.

Tout au long du roman, Chapireau tente d’expliquer son geste. Mais explication vaut-elle vérité ?
Je pense qu’il s’agit de deux mondes tout à fait étanches. La vérité, c’est cette agression méthodique, ce pilonnage que Laura va opérer sur Alcide, sur ses enfants, sur sa vie, sur tout ce qu’il aime. L’explication est plus délicate : on se rend compte que Chapireau a oublié pourquoi il l’a tué, qu’il a du mal à rassembler ses souvenirs. Pendant toutes ces années il s’est réinventé le personnage de Laura, dont il a conservé le côté lumineux et il a chassé de sa mémoire le plus sombre, le plus lourd, le plus invivable. C’est pourquoi il a tant de mal à écrire à sa fille.

S’agit-il d’une histoire d’amour ou d’une histoire de solitude ?
Ça commence comme une histoire d’amour qui met un terme à la solitude, et ça continue comme une histoire de solitude qui peut permettre la résurgence d’un amour transcendé par le meilleur du souvenir. 
Oui, c’est une histoire d’amour et de solitude, où la solitude redevient une forme d’amour, mais un amour solitaire, sans place pour le partage. 

Entretien réalisé avec Éric Fottorino à l'occasion de la parution de Chevrotine  dans la collection Blanche en mai 2014.
© Gallimard

lundi 2 juin 2014

c'est lundi, que lisez-vous ? : semaine 21


Les lectures du lundi sont répertoriées sur le blog de Galléane.

May,  Eugène GRASSET Calendrier "La Belle Jardinière" 1896 J'ai lu :

Basile, fils d'un père qui valorise le pedigree de la famille et qui ne le laisserait pas se marier en dessous de son poste , tombe en amour à première vue avec une fille qu'il voit sur ​​un bus. Il la suit et découvre qu'elle est Margaret Sherwin, fille unique d'un linge drapier . Il persuade son père de le laisser épouser secrètement. Il accepte à condition que, comme sa fille est seulement dix-sept ans, ils vivent en dehors de la première année. Au début, les œuvres secrètes, mais alors le mystérieux Mannion, dont les émotions ne peuvent pas être lus sur son visage, de retour de l'étranger. Sur la dernière nuit de l'année Basil suit Margaret et Mannion et les découvre en flagrant délit . La tension jusqu'à ce point est magnifiquement contrôlé par l'écrivain. Basile a subi éloignement de sa chère sœur Clara raison de Margaret, seulement pour découvrir qu'elle n'est pas ce qu'il pensait. Il attaque Mannion dans la rue et tente de l'assassiner, mais ne réussit qu'à mutiler son visage en le poussant dans le frais macadam de la route. Margaret va rendre visite à l'hôpital Mannion, attrape le typhus d'un autre malade et meurt. Basile a tout perdu, y compris sa relation avec sa famille. Mannion jure de se venger et Basile le fuit à Cornwall . Le dénouement est digne de Conan Doyle, situé au milieu des tourbillons et des falaises près de Lands End. Mme Sherwin, la mère de Margaret, était très première femme folle de Collins. - wikipédia
 excellent - 

challenge-victorien-2013Ernest Bramah - La Partie se joue dans le noir
Dans sa vaste demeure des environs de Londres, Max Carrados, affable rentier anglais, pourrait s'adonner tranquillement à la numismatique, passion qu'il partage avec Ernest Bramah, son créateur. Un soir, cependant, un de ses anciens condisciples, devenu détective privé, vient troubler sa quiétude et réveiller l'infaillible enquêteur qui sommeille en lui. Une gageure... car Max Carrados est aveugle. Révéré par les amateurs de littérature policière, recherché fiévreusement par les collectionneurs de premières éditions, considéré par Ellery Queen, dans son prestigieux Queen's Quorum, comme l'un des dix meilleurs recueils policiers de tous les temps, La Partie se joue dans le noir vous fera découvrir à travers huit enquêtes le monde ambigu et subtilement ironique d'Ernest Bramah. Jardins de banlieue bien trop tranquilles pour être honnêtes, escrocs parfois moins coupables que leurs victimes, illuminés, terroristes, héritières écervelées, valets laconiques, épouses tragiques... Avec Bramah, malfaiteurs et redresseurs de torts ne sont jamais vraiment ce qu'ils semblent être. Et Max Carrados, héros tranquille, suave mais bien plus retors qu'il y paraît, n'échappe pas à la règle.

Eugène Grasset. Juin (June). je lis :

Sur les traces de «Makhno l'égorgeur»

ENQUÊTE

Dans un ouvrage récemment réédité par Gallimard, Joseph Kessel dresse un portrait du célèbre anarchiste ukrainien des années 20 en bandit antisémite assoiffé de sang. Une version très controversée.


En 2001, Gallimard publiait dans sa collection Folio 2 euros, vouée aux textes courts, un récit de Joseph Kessel, Makhno et sa juive. En couverture, le demi-profil d'un visage barbu, l'oeil sombre, portant un bonnet d'astrakan. Patibulaire mais presque. En quatrième de couverture, il est dit que ce court récit met en scène le «bandit Makhno, célèbre pour sa cruauté et sa soif de sang» et «une jeune fille juive» tout en «pureté» qui, lui résistant, finit par faire naître l'amour dans le coeur du «cruel Makhno». L'écrivain journaliste utilise un procédé romanesque habituel : au petit matin, sur une banquette de moleskine d'un café où des émigrés de «la vaste Russie» ont leurs habitudes, l'un d'eux, se présentant comme «l'un de ses lieutenants», raconte Makhno.
Le portrait est impitoyable. L'homme rapporte sa naissance dans le village ukrainien de Champ-la-Noce, sa jeunesse turbulente qui le conduit à faire de «la propagande anarchiste parmi les paysans» et bientôt, du côté de 1905, à diriger une «bande» qui pille les riches. Arrêté, Makhno prend pour dix ans de Sibérie. Jusque-là, tout va bien. Mais en 1917, amnistié, il revient chez lui avec «la haine pour tout, la vengeance qui s'offre, la joie mêlée de rage». Le voici à la tête d'une petite armée, il fait la guerre aux Allemands, à l'armée Blanche, aux Bolcheviks, s'allie avec les uns contre les autres, «trahit et assassine, massacre les juifs, les bourgeois, les officiers, les commissaires, bref, pendant deux années, terrorise l'Ukraine entière par son audace, sa cruauté, sa rapidité de manoeuvre et sa félonie». Et puis ce clou du spectacle : «Makhno n'aimait pas les juifs. Si tuer des orthodoxes lui était un simple plaisir, massacrer les juifs lui apparaissait comme un véritable devoir. Il l'accomplissait avec zèle.» Et le lieutenant d'ajouter : «Combien en avons-nous mis à sac de ces petits villages youpins, passant au fil de l'épée les hommes, éventrant les femmes, brisant les crânes d'enfants contre les murs.».

«GUÉRILLERO ANARCHISTE»

Peu après la sortie du Folio, Hélène Chatelain l'achète et reste stupéfaite. D'ascendance russe, elle est l'auteure d'un film de six heures sur le goulag et d'un autre sur les traces d'un homme qu'elle a recherché en Ukraine : un certain Makhno. Jean-Louis Paul, fondateur des Editions Ressouvenances et éditeur d'un livre signé Makhno, scandalisé, parle à propos de Kessel de «calomnie». C'est que l'histoire du véritable Makhno, grande figure de l'histoire ukrainienne des années 20, est loin du portrait du bandit sanguinaire antisémite qu'en dresse l'auteur des Cavaliers. Or le Folio n'en dit rien.
Qui est donc Nestor Ivanitch Makhno ? Le grand dictionnaire Robert le présente comme un «guérillero anarchiste ukrainien» qui, après octobre 1917, «organisa les masses paysannes du sud de l'Ukraine pour lutter contre les troupes d'occupation allemandes et autrichiennes», mais aussi contre les forces blanches, recevant l'aide de l'armée Rouge de Trotski avant que cette dernière ne se retourne contre les «insurgés anarchistes» dirigés par Makhno. Et le Robert de conclure : «On a pu voir depuis dans la "makhnovchtchina" le type du mouvement indépendant des masses paysannes et la préfiguration de la guerre de guérilla.» Voline, dans la Révolution inconnue (1), et Archinov, auteur de la Makhnovchtchina (2) ­ qui furent l'un et l'autre des compagnons de combat de l'anarchiste ukrainien ­, Makhno lui même dans la Révolution russe en Ukraine, réédité en 2003 en fac-similé (3), et enfin son plus récent biographe, Alexandre Skirda (4), nous en disent plus.

«POINT DE RALLIEMENT DES INSURGÉS»

Makhno est né en 1889 à Gouliaïpole, chef-lieu de canton à l'est de l'Ukraine, dans une famille de paysans pauvres. Son père meurt lorsqu'il a dix mois, sa mère élève seule ses cinq fils. A 14 ans il est placé comme garçon de ferme, puis travaille comme fondeur dans l'une des deux usines de Gouliaïpole. La révolution de 1905 l'éveille à la politique. Un groupe d'anarchistes locaux chasse en Makhno «les derniers restes du moindre esprit de servilité et de soumission à une autorité quelconque». Il devient et restera anarchiste. Le groupe multiplie les «actions terroristes» et les «expropriations» de bourgeois, pour reprendre la future phraséologie soviétique sur Makhno.
En 1908, avec une partie de son groupe, il est arrêté par la police du tsar. Après neuf ans de détention à Boutyrki, la prison centrale de Moscou (et non en Sibérie comme le romance Kessel), on le libère, comme les autres détenus politiques, à la faveur des événements insurrectionnels de 1917. Il revient à Gouliaïpole, y fonde un syndicat des ouvriers agricoles, devient président du soviet local. Au Congrès des soviets de la région, il propose de donner aux propriétaires, aux koulaks (paysans riches) et aux simples paysans une même part de terre et de biens. Proposition adoptée. Cet aspect social et civique de Makhno, à rebours des diktats soviétiques, est passé sous silence par le Robert. Très vite, Makhno et son groupe comprennent que «le mouvement anarchiste des villes» ne convient pas pour la campagne ukrainienne : «Nous ne devions donc compter sur personne, au cours de cette période de la révolution, pour aider la campagne asservie à se diriger.»
Quand les armées austro-allemandes envahissent l'Ukraine, Makhno prend la tête d'un bataillon de paysans et d'ouvriers qui multiplie les coups d'éclat. Il fait fusiller les officiers ennemis mais rend leur liberté aux soldats. Sa réputation grandit. «Bientôt, Makhno devint le point de ralliement de tous les insurgés», écrit Voline. Les forces d'occupation sont repoussées et Makhno triomphe, par ruse, de l'armée de Pietloura, leader d'une bourgeoisie nationaliste ukrainienne.
C'est alors que, six mois durant, jusqu'en juin 1919, Gouliaïpole vit sans pouvoir politique. Une première commune libre est organisée, baptisée «Rosa-Luxembourg», puis une seconde, et une troisième basées sur un principe non-autoritaire. Un temps de grâce où l'utopie prend corps et qui sera évidemment oublié par la dernière édition de la Grande Encyclopédie soviétique (1975), qui admet tout de même «sa grande popularité parmi les paysans», avant de ternir son image : «en 1921, les détachements de Makhno se transforment définitivement en bandes de pillards et de criminels.» Les sources de Kessel seront du même acabit.
L'Encyclopédie soviétique conclut : «Le 26 août 1921, il s'enfuit en Roumanie ; il passe en Pologne en 1922 et se retrouve en France en 1923», ce qui est exact aux dates près (Makhno rejoint sa femme et sa fille à Paris en avril 1925). C'est un homme blessé (physiquement) qui, avant de partir, tient un superbe discours, le 17 juillet 1921 : «Le communisme auquel nous aspirions suppose qu'il y ait la liberté individuelle, l'égalité, l'autogestion, l'initiative, la création, l'abondance [...].» (5)

«POGROMEUR DE JUIFS»

Tandis que Makhno, à la santé chancelante, aidé financièrement par le mouvement libertaire, écrit ses mémoires au 18 rue Jarry, à Vincennes, Kessel, en 1926, publie Makhno et sa juive. La source de l'écrivain d'origine russe et juive : un «document» publié en 1922 par un officier blanc, Guérassimenko, qui sera expulsé de Tchécoslovaquie en 1924 pour espionnage en faveur des bolcheviks. Les amis de Makhno réagissent. Kessel apprend alors que son héros vit à deux pas de chez lui.
Mais persiste. Réunissant en 1927 trois récits, dont celui consacré à Makhno, dans les Coeurs purs (6), Kessel les présente comme «véridiques», précisant de façon ambiguë «selon la lettre ou selon l'esprit.» Il dit avoir appris que Makhno vivrait à Paris et qu'il aurait «paraît-il proféré à [son] égard quelques menaces pour l'avoir osé peindre à vif et, à son avis, faussement». Kessel cite alors une nouvelle source, un article signé Abatov, publié à Berlin en 1922. Le journaliste (monarchiste) décrit la prise d'une ville par Makhno, ce dernier apparaît à la fois généreux et brutal. Kessel, qui aimait pourtant les aventuriers de tous poils, ne semble jamais avoir été curieux de rencontrer «Makhno l'égorgeur» (7), comme il le surnomme dans l'avant-propos des Coeurs purs. Ce dernier, il est vrai, lui répond vertement. Et, dans un «appel aux juifs», demande qu'on lui rapporte les faits exacts qui prouveraient qu'il aurait été «un pogromeur de juifs» et que le mouvement de libération qu'il a dirigé aurait été «antisémite». Certes, Makhno ne fut pas toujours un ange, comme le rapporte Voline, mais sur la question de l'antisémitisme tout ce qu'on lui a reproché relève de la manipulation et de l'intox.
Quand Makhno meurt à l'hôpital Tenon le 27 juillet 1934 (l'urne est au Père-Lachaise), le correspondant du Temps à Moscou ironise : «Les journaux soviétiques n'ont pas trouvé de place pour consacrer au chef anarchiste un article nécrologique, ni même une seule ligne en bas de leur sixième page. Et d'ajouter : Les historiens de l'avenir lui feront la place qui lui revient parmi les artisans de la révolution.»
Informées de toute cette histoire, et se rangeant aux «arguments historiques et littéraires» des défenseurs de la mémoire de Makhno, les Editions Gallimard envisageaient l'ajout d'un avertissement au lecteur à la faveur d'une réimpression. Makhno et sa juive a été réimprimé cette année. Sans le moindre avertissement.
Ajoutons que Makhno n'a pas épousé à l'église une jeune juive convertie à la religion orthodoxe nommée Sonia comme le romance encore Kessel. Il a eu pour compagne Galina, une institutrice révolutionnaire rencontrée à Gouliaïpole. Une fille est née, Hélène. En 1943, le STO envoie Hélène en Allemagne, sa mère la rejoint, les autorités soviétiques les arrêtent en 1945 : huit ans de goulag pour l'une, relégation pour l'autre à Djamboula, au Kazakhstan alors soviétique, où elles finiront par se retrouver. Galina y meurt en 1978 et sa fille en 1993.
Reste à publier en traduction française bien des écrits de Makhno. Pourquoi pas chez Gallimard ?
(1) Editions Verticales, 1997.
(2) Editions Spartacus, 2000.
(3) Editions Ressouvenances, 2003.
(4) Nestor Makhno, le cosaque libertaire, Editions de Paris Max Chaleil, 1999.
(5) Mémoires de Victor Belach, successeur de Makhno après son départ, cité par Skirda.
(6) Réédité en Folio en 1987.
(7) Yves Courrière n'en dit rien dans son épaisse biographie (Plon) et parle de Makhno comme de l'«organisateur des plus terribles pogromes qui aient ensanglanté l'Ukraine». - Jean-Pierre THIBAUDAT - liberation.
  je lirai : 

challenge-victorien-2013  un polar ou un roman victorien.

ou



  • Jaume Cabré - Confiteor
  • Khaled Hosseini - Ainsi résonne l'écho infini des montagnes
  •  Mario Reading - La trilogie Nostradamus, Tome 1 : Les prophéties perdues,
  • Natasha Solomons - Le Manoir de Tyneford
  • Marek HALTER - Khadija
  • Wilkie Collins - Basil 
  • Barbara Abel - Illustre inconnu
  • Jean-Louis Debré - Meurtre à l'Assemblée
  • P.D. James - La mort s'invite à Pemberley,
  • Nadine Monfils - La vieille qui voulait tuer le bon Dieu
  • Antonio Pennacchi - Canal Mussolini
  • Dan SIMMONS - Drood
  • Jonathan Rabb - Rosa
  • Michèle Barrière - Meurtre au Ritz,
  • Jean Contrucci - Double crime dans la rue Bleue,
  • Frédéric Lenormand - La baronne meurt à cinq heures , 
  • Joseph Sheridan Le Fanu - La Maison près du cimetière
  • Ann Radcliffe - Les Mystères d'Udolphe 
  • Sholem Aleikhem - La peste soit de l'Amérique
  • Joseph Kessel - Makhno et sa juive,
  • Pierre Assouline - Vies de Job,
  • Nathan Tobie - Mon patient Sigmund Freud 
  • Mordecai Richler - Le Monde de Barney
  • Meir Shalev - Ma Bible est une autre Bible , 
  • Isaac Bashevis Singer - La famille Moskat
  • Naguib Mahfouz - La Chanson des gueux, 
  • Le Dieu manchot de José Saramago,
  • Romain Gary - La promesse de l'aube,

  •  et autres : Pal 2014

    et vous, que lisez-vous ?